Au quotidien, la qualité de l’air fait partie de notre environnement, souvent sans que l’on y prête attention… jusqu’à ce qu’un épisode de pollution soit annoncé ou que certaines activités soient déconseillées. Derrière ces informations, on retrouve souvent les mêmes polluants : particules fines, dioxyde d’azote, ozone. Ils sont bien identifiés, car ils font l’objet d’une surveillance réglementée à l’échelle nationale et européenne, avec des seuils et un suivi en continu qui permettent d’évaluer la situation et d’informer le public.
Mais cette observation de la pollution de l’air évolue. Depuis plusieurs années, les progrès scientifiques permettent de mieux détecter d’autres substances, longtemps restées en dehors des radars. On les regroupe sous le terme de polluants d’intérêt ou encore de polluants émergents.
Pour mieux documenter et comprendre ces polluants encore peu étudiés, le projet AQAH (Améliorer la Qualité de l’Air en Hauts-de-France) a été lancé dans la région. Il est cofinancé par la Région Hauts-de-France et l’Union Européenne dans le cadre du programme FEDER, il vise à améliorer les connaissances sur les polluants émergents, connaitre l’exposition des populations et définir des actions collectives et individuelles pour améliorer la qualité de l’air.
Mieux mesurer, mieux comprendre la pollution de l’air
Les polluants dits “historiques” sont bien identifiés : ils sont réglementés, suivis en continu, et leurs effets sur la santé sont connus. Ils ne sont pas nouveaux dans notre environnement : certains y sont observés ponctuellement depuis longtemps, tandis que d’autres n’y ont été détectés que récemment grâce à l’évolution des méthodes et outils de mesure. Ce qui change aujourd’hui, en dehors de la capacité d'observation dans l’air ambiant, c’est l’intérêt sociétal et sanitaire autour de ces polluants.
Le projet AQAH s’intéresse à quatre polluants émergents ou d’intérêt (les particules ultrafines, les pesticides dans l’air, les microplastiques, les PFAS) et complète les travaux déjà menés par Atmo Hauts-de-France.
Les particules ultrafines : très petites, mais bien présentes
Les particules ultrafines sont encore plus petites que les particules fines (PM10 et PM2,5). À titre de comparaison, une PM10 est environ 6 à 8 fois plus petite qu’un cheveu, une PM2,5 20 à 30 fois plus petite, tandis que les particules ultrafines sont environ 600 à 800 fois plus petite.
Elles sont principalement liées aux processus de combustion, notamment les gaz d’échappement des véhicules, mais aussi à l’usure des freins et des pneus. Certaines activités de combustion et certaines activités industrielles peuvent également contribuer à leur présence. Elles sont ainsi surtout observées à proximité des axes de circulation et des zones urbaines denses. Bien que le projet AQAH porte sur l’air exterieur, ces particules peuvent également être retrouvées en air intérieur.
Les mesures réalisées par Atmo Hauts-de-France confirment l’influence forte des sources locales : les niveaux de particules ultrafines sont plus élevés dans les environnements soumis au trafic routier, et plus faibles dans des zones moins émissives.
Le rapport réalisé en 2024 met également en évidence des variations marquées au cours de la journée, en lien avec l’intensité du trafic et les conditions météorologiques, notamment la capacité de l’atmosphère à disperser ou concentrer ces particules. Il souligne enfin que ces particules ne proviennent pas uniquement d’émissions directes : elles peuvent aussi se former dans l’air à partir de réactions chimiques, et évoluer rapidement sous l’effet des conditions environnementales. Cette combinaison entre sources locales et processus de formation dans l’atmosphère explique l’intérêt croissant pour mieux les caractériser et améliorer leur suivi.
Ces enjeux de caractérisation et de suivi sont d’autant plus importants que les particules ultrafines, du fait de leur très petite taille, peuvent pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire et soulèvent des préoccupations sanitaires, en particulier pour les populations les plus exposées ou les plus vulnérables.
Les pesticides dans l’air : un sujet suivi depuis longtemps
La présence de pesticides dans l’air est, elle, suivie depuis plus de vingt ans dans la région. En effet depuis 2003, des mesures sont réalisées de manière régulière, complétées au fil du temps par différentes études. Cela permet aujourd’hui d'avoir un historique des concentrations et de l’exposition.
Ce que montrent les données :
- plusieurs dizaines de substances peuvent être détectées selon les années (Sur chacun des sites de prélèvement instrumentés depuis 2003, Atmo a détecté entre 18 et 21 pesticides différentes),
- les herbicides sont les plus fréquemment observés, devant les fongicides et les insecticides, (sources)
- les niveaux les plus élevés apparaissent à l’automne, en lien avec les périodes de traitement.
Certaines molécules ressortent particulièrement, comme le prosulfocarbe, en cohérence avec les cultures présentes dans la région. En effet c’est un herbicide utilisé notamment sur les cultures de céréales (comme le blé) ainsi que sur certaines cultures comme la pomme de terre.
D’autre part, es substances interdites depuis longtemps, comme le lindane, sont encore détectées à très faible dose. Cela s’explique par leur persistance dans l’environnement et leur capacité à être remises en circulation dans l’air.
