Sans que nous nous en rendions compte, l’air qui nous entoure évolue. Nous connaissons tous les particules fines, le dioxyde d’azote ou l’ozone. Mais depuis quelques années, les chercheurs observent l’apparition, ou l'augmentation, de substances beaucoup plus discrètes : les polluants émergents. Invisibles, souvent non réglementés, parfois difficiles à mesurer, ils sont aujourd’hui au cœur de nouveaux enjeux sanitaires et environnementaux.
C’est précisément pour mieux comprendre cette pollution d’un nouveau type que le projet AQAH a été lancé : un programme ambitieux de surveillance et d’analyse qui place la région à l’avant-garde
Des polluants qui font désormais partie du quotidien
Les polluants émergents regroupent des substances dont la présence augmente dans l’air extérieur, dont les effets sont encore mal connus, et qui n’entrent pas toujours dans les réglementations actuelles. Ils proviennent de nombreuses activités courantes : circulation routière, agriculture, activités industrielles, chauffage au bois, chantiers, émissions naturelles des plantes, et même de certains matériaux ou produits utilisés au quotidien.
Ils ne sont donc pas forcément « nouveaux », mais nos connaissances progressent et révèlent leur importance dans la qualité de l’air.
Concrètement, où les retrouve-t-on ?
Même si on ne les voit pas, les polluants émergents sont présents dans de nombreuses situations de la vie quotidienne :
- Le long des routes et boulevards
Les véhicules émettent des particules ultrafines, issues de la combustion mais aussi de l’usure des freins, pneus et moteurs. Ces particules, 100 fois plus petites que les PM2,5, peuvent pénétrer profondément dans l’organisme. - À proximité des zones agricoles
Lors des périodes d’épandage, des pesticides atmosphériques peuvent se disperser dans l’air et parcourir plusieurs kilomètres selon le vent et la météo. - En hiver, dans les quartiers chauffés au bois
Un appareil ancien ou mal entretenu peut émettre des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des particules ultrafines ou d’autres polluants issus de combustions incomplètes. - Autour des industries
Certaines activités libèrent des COV non réglementés, des particules très fines ou des substances spécifiques encore mal documentées. - Près des chantiers
Sciage, ponçage, solvants, peintures : ces activités génèrent des poussières et COV qui contribuent à la pollution de l’air extérieur. - Dans l’environnement urbain
Des polluants comme les PFAS (dites « substances éternelles »), les muscs synthétiques ou certains résidus de médicaments sont identifiés ponctuellement dans l’air via des campagnes de mesure. - Chez soi
L’air intérieur peut être dégradé par les émissions des matériaux et meubles neufs, par les produits ménagers, les parfums d’ambiance ou les activités de bricolage. La cuisson, le chauffage au bois ou les appareils à combustion génèrent aussi des particules et du monoxyde de carbone lorsqu’ils sont mal ventilés. Par ailleurs, des retardateurs de flamme présents dans certains meubles ou appareils électroniques peuvent se retrouver sous forme de résidus dans la poussière domestique.
Pourquoi s’y intéresser ?
Ces polluants peuvent agir à de très faibles concentrations, circuler entre les milieux (air, eau, sol) et présenter des effets encore partiellement connus. Par ailleurs, ils ne sont pas toujours intégrés dans les dispositifs de surveillance traditionnels. Désormais, les progrès scientifiques permettent de détecter des substances autrefois indétectables, permettant de renforcer leur surveillance. Une surveillance qui reste toutefois complexe : les substances sont nombreuses et variées, les normes réglementaires encore limitées, et les méthodes d’analyse parfois coûteuses ou expérimentales. De plus, leurs concentrations varient selon la météo, les saisons et les activités humaines.
