Les pollens : Interview de Béatrice Benabes, allergologue

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Beatrice Benabes
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Je m’intéresse depuis très longtemps à la qualité de l’air, car l’allergologue est, par définition, une sentinelle de l’environnement : notre métier nous place en première ligne face aux effets de l’air que nous respirons.
Nom / Prénom / Organisation
Béatrice Benabes, médecin allergologue et vice-présidente d’Atmo Hauts-de-France
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Pouvez-vous expliquer ce qu’est une allergie aux pollens et quels sont les principaux symptômes observés chez les patients ? 

L’allergie aux pollens est l’une des allergies les plus fréquentes sur notre territoire. Elle existe depuis longtemps, mais on observe une nette aggravation depuis une trentaine d’années : les maladies allergiques sont passées du 6ᵉ rang mondial dans les années 1990 au 4ᵉ aujourd’hui. 

Ce n’est pas une fatalité, mais cela nécessite une prise en charge, car les symptômes peuvent aller de modérés à sévères. 

Le plus souvent, on retrouve : 

  • une rhinite (nez qui coule ou bouché), 
  • des éternuements, 
  • de la toux, 
  • parfois des crises d’asthme, pouvant être sévères. 

Ces symptômes peuvent durer toute la période pollinique, du début à la fin de l’émission des pollens. 

Certaines personnes présentent aussi des manifestations cutanées, comme de l’eczéma. Les patients ayant déjà une dermatite atopique peuvent voir leur eczéma s’aggraver pendant la saison pollinique. 

Quel est le lien entre pollution de l’air et allergies aux pollens ? 

La pollution agit d’abord sur l’arbre respiratoire : poumons et bronches. Elle provoque une inflammation des tissus pulmonaires et les fragilise. 

De son côté, l’allergie aux pollens déclenche elle aussi une inflammation. Lorsque les deux phénomènes se cumulent, l’inflammation respiratoire est majorée chez la personne allergique. 

Par ailleurs, la pollution agit directement sur les grains de pollen : 

  • elle altère leur paroi, 
  • elle les charge en particules fines. 

Ces pollens modifiés peuvent pénétrer plus profondément dans l’arbre respiratoire et aggraver l’inflammation ou l’allergie sous-jacente. 

L’allergie aux pollens peut-elle être associée à des allergies alimentaires ? 

Oui, il existe des allergies alimentaires croisées avec les allergies aux pollens. 

Le système immunitaire d’une personne allergique reconnaît une protéine spécifique présente dans le grain de pollen. Or, cette même protéine peut se retrouver dans certains fruits et légumes. 

Dans notre région, par exemple, les pollens de bouleau sont fréquents. Les personnes allergiques au bouleau peuvent également réagir à la noisette ou à la pomme, car ces aliments contiennent des protéines similaires. 

Pourquoi certaines périodes de l’année sont-elles plus difficiles pour les personnes allergiques ? 

Les périodes les plus compliquées correspondent aux saisons polliniques. 

Dans notre région, nous avons encore trois saisons bien marquées : 

  • le printemps, 
  • l’été, 
  • l’automne. 

Chacune correspond à des pollens différents. 

Cependant, on constate que ces saisons commencent de plus en plus tôt, notamment au printemps. Par exemple, les pollens de noisetier apparaissaient autrefois entre fin janvier et mi-février ; aujourd’hui, on en observe parfois dès fin décembre ou début janvier. 

Les personnes allergiques ont donc l’impression de l’être presque toute l’année. Si elles ne se traitent pas, l’inflammation persiste, et d’autres allergènes du quotidien peuvent entretenir cette réaction. 

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Calendrier des pollens allergisants en Hauts-de-France (image : Atmo hauts-de-France)

Les niveaux de pollens mesurés aujourd’hui permettent-ils une meilleure prévention ? 

Oui. Les niveaux de pollens sont mesurés grâce à des capteurs qui recueillent le nombre total de grains présents dans l’atmosphère. 

En complément, le site Pollinair s’appuie sur un réseau de sentinelles formées à l’observation des végétaux, de la floraison et de la pollinisation. 

Cela permet parfois d’anticiper certaines floraisons qui ne sont pas encore pleinement visibles dans les capteurs. 

Ces données sont ensuite analysées pour établir un indice pollinique. Les informations sont transmises en amont aux personnes allergiques, afin qu’elles puissent adapter leur traitement, leurs sorties et leurs comportements. 

Découvrir Pollinair   >

En quoi un indice pollinique et des prévisions locales aident-ils au quotidien ? 


Pour une personne déjà allergique, le nouvel indice permet de savoir si la saison débute et à quel niveau de risque elle se situe (faible à extrêmement élevé). 

Pour une personne qui ne se sait pas allergique, cela permet de faire le lien entre ses symptômes et un type de pollen précis. Elle peut ainsi identifier sa sensibilité et en parler à son médecin. 

En 2025, l’espèce végétale qui a libéré le plus de pollen en Hauts-de-France est celle des urticacées. Ont-elles des effets allergisants ? 

Les urticacées “classiques”, comme les orties, ne sont pas réellement allergisantes. En revanche, elles sont irritantes à cause des poils présents sur leurs feuilles et leurs fleurs, ce qui peut provoquer des irritations oculaires. 

Dans notre région, on ne retrouve pas la pariétaire — également une urticacée — qui est présente dans le sud de la France et en Espagne et qui, elle, peut provoquer de véritables réactions allergiques. 

Chez nous, les symptômes liés aux urticacées sont plutôt de type yeux qui grattent, nez qui éternue, mais sans véritable mécanisme allergique avec production d’anticorps spécifiques. 

On observe ces pollens de mai à fin septembre, voire octobre. 

Quels conseils simples donner aux personnes allergiques pour limiter leur exposition ? 

Quelques conseils pratiques : 

  • Éviter les sorties en début d’après-midi lorsque les concentrations sont élevées. 
  • Privilégier les sorties tôt le matin ou en fin de journée (après 18–19h). 
  • Aérer le logement tôt le matin. 
  • Ne pas faire sécher le linge à l’extérieur : le tissu humide capte les pollens, qui peuvent ensuite déclencher des symptômes. 
  • Se laver les cheveux le soir après une sortie prolongée. 
  • Porter un masque lors de la tonte de la pelouse (on a d’ailleurs constaté pendant la période COVID que les personnes allergiques se sentaient mieux avec le masque en extérieur). 
  • Porter des lunettes enveloppantes à vélo pour protéger les yeux. 
  • Rouler fenêtres fermées en voiture. 
  • Vérifier et entretenir le filtre à pollen du véhicule, surtout en cas d’utilisation de la climatisation. 

Pourquoi la question des pollens doit-elle être intégrée aux enjeux de qualité de l’air et de santé publique ? 

Le nombre de personnes allergiques augmente depuis des décennies. Les projections indiquent qu’en 2050, un Français sur deux pourrait être allergique. 

Les saisons polliniques commencent plus tôt, se terminent plus tard, et concernent de plus en plus de personnes. 

L’impact est multiple : 

  • consommation médicamenteuse, 
  • arrêts de travail, 
  • absentéisme scolaire, 
  • repli social, 
  • diminution des activités culturelles et de loisirs. 

Au-delà de la santé individuelle, il existe donc un véritable enjeu de santé publique et un impact économique pour la société.